Bug de William Friedkin

Bug de William Friedkin
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Docteur, ça gratte ! Où ? Dans ma tête !

Dans la chaleur étouffante d'une chambre de motel pourrie, les bugs grignotent, sortent par tous les pores de la peau, jusqu'à dévaster ce couple sordide de ratés. On peut dire qu'ils font la paire. Elle, serveuse droguée et solitaire se débattant avec un ex-mari, ex-taulard violent. Lui, ex-militaire, cobaye supposé d'expériences scientifiques louches.
Le bug, symbolise le moment où l'équilibre est brisé, l'alchimie se rompt dans un système. Le moment où, ça déconne. Prenant l'expression au pied de la lettre, Friedkin fait disjoncter le système mental de ses protagonistes par la vision de bugs (insectes). Quand Richard Linklater s'amusait dans A scanner darkly à dessiner graphiquement les bestioles parcourant le corps d'un de ses personnages hallucinés, Friedkin les laisse là où ils sont (excepté une ou deux surimpressions) : dans la tête. Le pathétique du couple n'en est que plus frappant.

Confinés dans le huis-clos de leur chambre, nous assistons, impuissants (tels le héros cherchant à débusquer les bébètes au microscope dans son propre sang) à la lente contamination d'un cerveau malade par un autre. La descente aux enfers est irrésistible, brutale, tirée par le magnétisme sourd et inquiétant du héros (grande découverte que cet Harry Connick Jr).
Musique quasi-absente, montage de plus en plus précipité jusqu'au final en forme d'apogée grand-guignolesque et infernale, Friedkin fait tout pour nous faire sentir la dérive psychique des deux personnages, particulièrement dans la chambre à la fin, pleine de lampes insecticides bleuâtres et aux murs tapissés d'allu', contre lesquels Ashley Judd vient se plaquer.
La cause de cette névrose paranoïaque ne sera pas à chercher très loin : la solitude, érigée en grand mal de notre époque individualiste. Mais peu importe.

On reste blême devant cette lente dégradation de deux êtres qui commence ironiquement au moment où leur amour se concrétise. L'étouffement mutuel provoqué par le confinement et leur hermétisme au monde extérieur, rappelle le Huis Clos de Sartre et son célèbre « Pas besoin de grill, l'enfer c'est les autres ». L'enfermement physique redouble l'enfermement mental et laisse place à un cauchemar éveillé. La mise en scène de Friedkin illustre finement cette rupture entre le monde extérieur, absolument calme, désert et l'intérieur de la chambre, catalyseur de tous les orages et de toutes les tensions.
Les tressaillements du corps en crise de Jerry font ressurgir les souvenirs de la petite Reagan . Friedkin, vieux briscard, n'a pas perdu la recette du fantastique trash pour nous faire transpirer, tout en gagnant ce que les années peuvent apporter de sérénité dans l'exercice de son art.

Pour conclure, on ne résiste pas à la tentation de débusquer derrière le récit, l'inusable métaphore de la politique américaine qui semble marcher plutôt bien ici. Bug illustrerait le repli de l'Amérique sur elle-même (comme The Village de Shyamalan), rendue folle par l'obsession de l'autre (symbolisée par les insectes), figure inconnue, source d'un danger diffus que tout le monde perçoit sans jamais vraiment le voir, ce qui fait du tout venant, un suspect potentiel. Il n'en faut pas plus pour justifier le tout sécuritaire qui ferme un peu plus au monde extérieur (on pense au Patriot Act), concentrant les névroses individuelles qui s'attisent, dégradent les corps jusqu'à l'explosion. Bug pourrait être vu ainsi comme la représentation d'une phrase tirée d'un texte de Baudrillard sur le 11 Septembre : « L'hypothèse terroriste, c'est que le système lui-même se suicide en réponse auxdéfis de la mort et du suicide »

# Posté le vendredi 02 mars 2007 13:16

Un florilège de courts !

Après quelques recherches sur le site bien connu Daily Motion et d'autres, j'ai trouvé plusieurs courts métrages très intéressants pour qui ne les a jamais vus. Y'a un court de Godard tourné au moment du mythique A bout de Souffle avec Belmondo :

Godard, Charlotte et son Jules


Mais aussi un Truffaut, qui date des début, époque Les 400 Coups

Truffaut, Les Mistons


...Puis, le début d'un autre grand monsieur, à savoir Stanley Kubrick :

Kubrick, Day of the fight
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# Posté le lundi 12 février 2007 09:24

Fast Film de Virgil Widrich

En bonus, un court expérimental d'un monsieur autrichien : Virgil Widrich. Ca s'appelle Fast Film, ca a donné lieu a une expo et voilà ce qu'on en dit ici :
[url] http://www.annecy.org/home/index.php?Page_ID=1051

"Effectivement, l'originalité de Fast Film réside dans le fait que ce court métrage de quatorze minutes est entièrement composé de photocopies issues de trois cents films d'action. Pendant deux ans et demi, Widrich a rassemblé autour de lui une douzaine d'animateurs - et notamment une artiste japonaise spécialiste de l'origami -, chacun ayant son rôle à jouer : rechercher des films, sélectionner des extraits, constituer une banque de données très précise, et fabriquer quelque 65 000 pliages (avions, chevaux, wagons...) qui serviront à construire l'animation de chaque scène."

Le lien du film : http://www.dailymotion.com/visited/search/virgil%2Bwidrich/video/xjl82_fast-film-virgil-widrich-2003
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# Posté le lundi 12 février 2007 09:18

Une histoire d'eau : un court-métrage de J-L Godard et F. Truffaut

Quand les 2 icônes de la Nouvelle Vague se rencontrent, ça donne un film de jeunesse dans lequel l'esprit est déjà très présent.
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# Posté le lundi 12 février 2007 09:15

Vincent de Tim Burton

On change encore de registre avec le premier court de Tim Burton qui annonce la suite de son oeuvre. C'est déjà du grand art gothique, expressioniste et poétique

# Posté le lundi 12 février 2007 09:09

Modifié le lundi 12 février 2007 09:32