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La France de Serge Bozon

La France de Serge Bozon
J'ai assisté à une projection du film en présence du réalisateur il y a quelques jours. Le débat a été hélas écourté, écartant le débat avec les spectateurs. Dommage.

Le débat
Bozon est un personnage a premiere vue intéressant, tres dissert sur son travail. Il a l'air d'y connaître un rayon niveau musique. Il a evoque l'enregistrement "live" sur le tournage a l'aide de 30 micros, pas moins. Il a bien insisté dessus en précisant que seul un autre cinéaste à sa connaissance avait fait la même chose Jean-Marie Straub. On peut dire que ce trentenaire dandy (pantalon serré et écharpe de soie) a de l'ambition. Il a également parlé des paysages, qui sont choisis de manière à évoluer au cours du film.
Le cinéma américain semble l'avoir beaucoup inspiré. Plus que Walsh evoque ailleurs, il a plutôt cité Ford, et ce, sur un des aspects du film auquel on ne s'attendrait pas: les chansons. Apparemment, il était courant que des hommes, dans ces westerns chantent une chanson du point de vue de la femme. Et ces chansons ne correspondaient jamais à l'époque des westerns. Musicalement, elles étaient contemporaines du moment où le film est réalisé. C'est comme ça qu'il justifie l'anachronisme des 4 chansons pop folk de La France.

Enfin, quand on lui a demandé quel était le message du film, il a répondu sans hésitation « pas de message ». Donc difficile de parler de ses intentions, c'est sûr. J'ai quand même réussit à l'interroger sur le titre qu'on peut juger quelque peu gonflé. Il s'en est sorti en répondant que la France pour lui c'était ce pour quoi les soldats se battaient. Titre qui prend une connotation « sombre », plus qu'ironique selon lui. A noter que le film devait originellement se passer pendant la guerre d'Algérie, avec des dialogues entièrement en arabe. L'idée a été abandonnée pour des raisons financières et juridiques (difficile d'obtenir une autorisation de tournage en Algérie).

Le film

Original, novateur, ambitieux, voilà autant de qualificatifs élogieux qu'on ne saurait retirer à Bozon. Si l'on sait peut de choses du film avant la projection, la rupture de ton enclenchée par la première chanson surprend beaucoup. Quelques instruments à corde faits de bric et de broc, des paroles romantiques chantées par des poilus de la 1ère guerre mondiale, au milieu de nulle part, il faut avouer qu'on n'avait jamais vu ça à l'écran. Les voix très « nature » évoquent évidemment l'héritage français de la comédie musicale, Demy et surtout les récentes Chansons d'Amour de Christophe Honoré. Sauf que Bozon creuse un sillon différent dans le champ de la musique au cinéma. D'abord ses influences sont à chercher du côté de la pop anglaise et américaine (les Beach Boys etc) et surtout ce ne sont pas des dialogues chantés, mais bien des chansons entières, construites pour le film. On pourra s'étonner et apprécier que ces interludes, soient si bien fondus dans l'atmosphère visuelle et sonore (la prise directe y est sûrement pour quelque chose), qu'ils ne tombent jamais dans le clip à 3 francs.

Et puis, cette histoire de femme travestie en jeune homme accompagnant une compagnie pour retrouver son mari sur le front est construite avec une incroyable économie d'effets et de rebondissements pour un film de guerre. Tourné en décor naturel, GM a raison, on a l'impression que ces soldats évoluent dans un univers coupé du monde, dans des décors en carton pâte (la neige à la fin fait très polystyrène) très dépouillés . Il y a fort à parier que La France ferait une très bonne pièce de théâtre. Le jeu de Sylvie Testud est à l'image de ce parti pris: très naturel, très simple, jamais appuyé, bref, en adolescent, elle est impressionnante. Dieu merci, la grosse voix virile et la fausse moustache en poils de bouc nous sont sciemment épargnées.
Bozon délaisse également les scènes de combat, de bataille au sens traditionnel du terme, ce qui trouve une explication logique dans le scénario. Un des rares moments de bravoure, l'attaque de la sentinelle, étant même laissé partiellement hors-champ. La France abandonne donc le terrain de la grande fresque lyrique, sanglante et larmoyante (Ryan et ses avatars), pour prendre la forme d'une odyssée minimaliste, teintée d'un onirisme noir et désenchanté qui culmine dans un final certes cohérent mais quelque peu décevant, étrangement mal construit, à l'exception du tout dernier plan.

***spoilers à partir de là***

Ces retrouvailles de la femme et de son mari, qui débarque comme un cheveu sur la soupe, ne sont pas complètement inattendues. Les paroles des chansons laissent à penser que le personnage de Sylvie Testud finira par le retrouver. Mais le dialogue entre les deux est écrit comme s'ils ne se connaissaient pas, si bien qu'on se demande, jusqu'à ce qu'ils se retrouvent au lit, si nous avons bel et bien affaire au mari.
Dommage également que le rôle de Guillaume Depardieu soit réduit à une apparition, tant on reste impressionné, après Ne touchez pas à la hache, par son charisme, sa présence charnelle à l'écran. Ses airs de rêveur mélancolique et claudiquant, cet impression d'avoir en fasse de soi un homme profondément imprégné de la violence des hommes, cadrent qui plus est parfaitement avec le reste du film (les soldats traumatisés, les élans poétiques...).

***fin***

Sans avoir jamais été complètement transporté par la musique, ni avoir été convaincu par la fin, je dois avouer que l'ambition, la finesse et la tenue esthétique de cette France place Bozon parmi les jeunes cinéastes français à suivre de très près. Sans doute est des auteurs, les plus original de sa génération.
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# Posté le vendredi 21 mars 2008 10:23

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